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Cela fait maintenant plus de 20 ans que je peins...

Chaque jour.

J’ai appris par moi même, en laissant ma sensibilité s’exprimer, sans me poser de questions.

Un peu comme le mouvement se prouve en marchant, la peinture se prouverait en peignant…

Comment définir mon travail ?

D’abord pour moi il s’agit d’un travail au sens propre.

Je n’ai jamais rien fait vite. Tout demande du temps, de l’énergie, de la précision et de la technique.

Je sais que cette notion n’est pas une valeur mais c’est le premier mot qui me vient pour définir ce que je fais : mon travail... et un travail bien fait !

Ensuite, j’ai envie de produire du beau avant du signifiant, même si on peut évidemment dire ou espérer que le beau soit signifiant.

Le beau, c’est pour moi un peu comme une vibration qui agit sur nous presque à nos dépens et nous rend “sensible”.

Dans un monde qui veut nous faire croire que comprendre est plus important qu’aimer, j’aime à penser que le sensible peut encore s’imposer.

Ainsi, plutôt que de tenter d’exprimer une époque qui n’a pas besoin de moi pour ça, je cherche à ouvrir des voies pour lui échapper.

Naturellement abstraite, ma démarche se veut en fait « abstractive » au sens que son objectif rêvé n’est pas le sujet mais le spectateur du sujet et que son rêve est de l’abstraire de tout…

Cette approche prend aujourd’hui un sens nouveau en se développant sur un support qui n’appartient qu’à moi et m’ouvre des possibilités dont je ne perçois pas encore les limites.

Libéré des contraintes de la toile je peux ainsi définir mes propres formats et formes et envisager l’espace d’une nouvelle façon, des murs jusqu’au plafond.

Le plafond me semble un élément important dont j’ai envie de m’occuper. D’abord, il est comme un espace vierge dont on se soucie peu. Ensuite, il nous force à (re)lever la tête pour le regarder pour peu qu’il ait quelque chose à montrer. Enfin, il me permet de déployer ces nouvelles formes pour lesquelles je cherche un nom entre sculptures et mobiles.

Ce support m’affranchit aussi du coté plan de la toile ; les déformations que je lui fais subir forment des ondulations comme si le réchauffement annoncé de la planète produisait ses premiers effets.

Entre la peinture et la sculpture, ces ondulations se déploient, démultipliées par la face miroir sur laquelle je peins.

Le reflet fait ainsi partie intégrante de mon travail, lui apportant une vraie part de magie.

La surprise est toujours là : les changements de lumière modifient couleurs et formes, le moindre mouvement se répercute !

Le reflet est comme une métaphore du commentaire dont Jean-Luc Godard a dit qu’il était devenu « la première puissance mondiale ». On finit par ne plus savoir distinguer l’original de son écho déformé, la confusion s’installe.

Mais il s’agit d’une harmonieuse confusion dont les lignes sans cesse en question composent des paysages changeants.

C’est l’objet de mon intervention : dessiner ces lignes qui structurent l’espace et ensuite laisser faire.

La magie opère.

La création réfléchit d’elle même, le silence peut enfin se faire !

 

Bruno Schiepan 

 © 2019 Bruno Schiepan